Lettre au Commissaire enquêteur

Monsieur Frédéric NOLOT, Commissaire Enquêteur,

Reynès le 8 avril 2011

Monsieur,

Nous avons pris connaissance, seulement par hasard, du classement en zone rouge de nos terrains à La Forge de Reynès.
En référence à l'aléa de 1940 « l'aiguat de 40 » avec comme hypothèse 50 cm d'eau sur la route nationale, RTM a décidé le passage de notre terrain de la zone blanche (PPR de 1993) à la zone rouge (PPRI de 2010).

« L'aiguat de 40 » a fait 48 morts et dévasté notre Vallespir, avec, entre autre, le village martyr du Tech, sans aucune victime sur Reynès. Cela reste toujours vivace dans nos mémoires. Nous sommes conscients des risques que font courir les crues. Croyez, Monsieur, que si le risque est réel et prouvé, nous serons les premiers à accepter votre décision.

Toutefois, sur 5 critères d'évaluation de risques :
• Reconnaissance de terrain et témoignages,
• Enquête sur les crues historiques,
• Photo-interprétation,
• Modélisation,
• Intégration d'études hydrauliques antérieures,
à ce jour, nous sommes en mesure d'en contester au moins 3 :

L'inondation du terrain (pour la 1ère fois le 17 octobre 1940 vers 11h du soir), provient de la forme du pilier central du pont de chemin de fer (cause principale non naturelle). C'est la forme rectangulaire (c'est-à-dire sa grande longueur face au courant) qui a créé un embâcle et lorsque l'eau a atteint son point culminant, le pilier a été emporté sous la pression. Ce pilier a été reconstruit dans le sens du courant, avec une étrave arrondie vers l'amont (voir photos). Une telle géométrie a été définie par les ingénieurs pour ne plus constituer le moindre arrêt. De ce fait, la cause principale de l'inondation (risque) n'existe plus.
En outre, évoquer 50 cm d'eau morte, sur la route, est faux. Des témoignages qui concordent évoquent le fait que les jeunes porcelets ne sont pas morts, noyés dans leurs locaux, qui se trouvaient en contrebas de la route, avec l'eau qui arrivait au mollet des témoins (témoignage de Mme Marie-Thérèse BORDET). Ainsi, la hauteur d'eau était bien inférieure à la référence de RTM.
En plus, des habitations sur la zone sont construites depuis 1889 (voir actes notariés), où les savoirs profanes (mémoires collectives) dictaient les pratiques. La grande partie des morts d'inondations sont issus de l'urbanisme à outrance (nouveaux lotissements et campings) et non de l'habitat ancien.

Mais aussi, la crue de 1940, aléa de référence, est la plus forte crue que le département ait connue depuis 878 (site internet de la Préfecture), ce qui classe cette crue comme millénaire et non centenaire. La preuve réside dans la destruction du pont romain d'Amélie les Bains qui était encore en excellent état.

De ce fait, nous espérons que cette évolution du PPRI n'est pas dictée que par un principe de précaution exacerbé des responsables politiques et de l'Etat et à l'appui de ces faits, nous contestons la légitimité même d'une telle évolution du PPRI sur la zone qui concerne notre parcelle.

Nous espérons, Messieurs, que notre requête pourra être prise en compte par vos soins et que la révision du PPRI sur notre parcelle et zone sera effective.

En vous remerciant, Messieurs, de votre écoute, veuillez agréer l'expression de nos meilleures intentions.